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La construction de la chapelle du lycée Saint-Louis de Gonzague est décidée en 1933 ; elle est le fruit d’une période de dix années de paix, après des débuts difficiles. En effet, l’Externat du Trocadéro est fondé en 1894 alors que dès 1882 de lourdes menaces pèsent sur la présence des congrégations et leur liberté d’enseigner, concrétisées par les lois de 1901. Une propriété comportant « un grand corps de logis… et deux bâtiments à étages » est alors achetée 10 rue Franklin, au nom de la Société d’Opérations Immobilières, par le recteur de l’école de la rue de Madrid -un des trois établissements jésuites de Paris-, afin de créer une nouvelle école dans l’ouest parisien des quartiers d’Auteuil, Chaillot et Passy alors en cours d’urbanisation. Malgré les difficultés institutionnelles, l’école connaît un développement important et rapide, puisqu’à la rentrée 1920, on compte 885 élèves. En 1923, la Société Immobilière de Passy constituée à l’initiative du recteur de l’établissement, doit racheter les bâtiments mis en vente par les Domaines à la suite des procès perdus depuis les lois anticléricales. C’est alors qu’est envisagée la construction de nouveaux locaux, modernes et fonctionnels afin de faire face à l’accroissement des demandes et d’ offrir aux élèves un cadre à la hauteur des ambitions pédagogiques et éducatives jésuites. Ce nouveau collège sera appelé familièrement le « Super Franklin ». La chapelle sera située au premier niveau du grand bâtiment longeant l’avenue Camoens et en occupera toute la longueur. Le terrain comportant un dénivelé, la chapelle est en surplomb par rapport à la cour intérieure de l’établissement.
L’architecte Henri Viollet (1880-1955) est chargé de cette réalisation. Ancien élève de l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris dans l’atelier de Pierre André (1901), c’est un homme de grande culture, qui se fait connaître par ses travaux au service des fouilles archéologiques de Mésopotamie de 1906 à 1912, notamment sur le site de Samara. Après la première guerre mondiale, il restaure ou reconstruit les églises sinistrées de Dives, Plessis-de-Roye, Gury dans l’arrondissement de Compiègne.
Les années 1930 sont donc pour Henri Viollet celles de la pleine activité et de la parfaite maîtrise de son art. C’est vraisemblablement par l’entremise de son frère l’abbé Jean Viollet que Henri Viollet rencontre le Père de Vauplane, recteur du collège Saint-Louis de Gonzague. Le désir de celui-ci était de remplacer la chapelle de bois, « l’un des plus pauvres bâtiments de l’école », jouxtant le jardin de la maison de Georges Clémenceau. A travers ce projet, c’est celui de
remodeler tout le collège qui prend forme, supposant la destruction de tous les bâtiments. La modestie des moyens financiers, fera cependant revoir le projet à la baisse. La première pierre (symbolique, concernant un bâtiment en béton armé) est posée le 18 octobre 1834. Les travaux sont menés rapidement car la chapelle est inaugurée le 30 mai 1935, et bénie solennellement par le Cardinal Verdier le 17 octobre de la même année.
Si l’édifice est remarquable par son aspect technique il l’est aussi d’un point de vue formel. Dès l’entrée dans la chapelle, le regard est irrésistiblement attiré vers le chœur où se déploie un escalier monumental, unissant de façon magistrale les trois niveaux horizontaux. Cet escalier mène à l’abside dont la forme semi circulaire n’est pas directement perceptible car l’ensemble du mur du chevet, percé de larges claustra est aussi orné d’une vaste fresque consacrée à la glorification du saint patron de l’établissement, saint Louis de Gonzague. Cette conception très théâtrale de l’espace liturgique a résisté au temps ; elle semble être le cadre indispensable des fêtes, apportant la solennité aux évènements rythmant la vie de l’Ecole. L’édifice est éclairé latéralement par de hautes baies étroites pourvues de vitraux dus au maître verrier Raphaël Lardeur
La fresque réalisée par Henri de Maistre dans le sanctuaire contraste par son classicisme avec la modernité de l’architecture. Compagnon des Ateliers d’Art Sacré fondé en 1919 par Maurice Denis et Georges Desvallières, Henri de Maistre a compris sa vocation pour la peinture religieuse pendant la guerre de 1914-1918. Profondément chrétien, il dira « mon travail est une prière. Chargé de l’organisation des chantiers des Ateliers d’Art sacré, c’est cependant seul qu’il réalise cette grande composition à la demande du Père de Vauplane. Les figures étirées à la façon du Greco sont empreintes d’un mysticisme retenu qui caractérise le style d’Henri de Maistre. Il retrace fidèlement les épisodes de la vie du saint qu’il répartit de chaque côté de la figure centrale du Christ. Les bras grand ouverts, ce Christ jeune et imberbe veille le corps gisant du jeune saint et accueille les fidèles.
Texte de Mme Claire Vignes-Dumas paru dans la revue Franklin